Aujourd’hui, on part à la rencontre d’un personnage haut très haut en taille et en couleur, Slasher multipotentiel à l’image des jeunes d’aujourd’hui, Humoriste, danseur, animateur de podcast, voguer avec une démarche qui ferait se retourner même Miss Campbell, c’est avec fierté que je vous présente l’une de mes sources d’inspiration, plein de courage et de fraîcheur, Noam sinseau.

Comment tu te présentes Habituellement ?

Bonjour, je suis Noam Sinceau, j’ai 22 ans je suis une personne très éclectique, je fais énormément de choses, je suis étudiant en communication, activiste et j’ai à cœur de sensibiliser mon entourage aux sujets qui me paraissent importants aujourd’hui.

Quand tu parles de toi, tu te genres souvent au masculin, mais aussi au féminin ça vient d’où?

Ça vient naturellement, c’est une liberté que je m’accorde, pour moi le genre est tout sauf binaire, même si je suis ok avec le fait d’être un homme cis genre. J’aime bien me genrer au féminin, c’est une façon de retourner les stigmates.

Plus jeune en Martinique on me genrait au féminin pour m’insulter me blesser « gadé manzelle » (regarde la demoiselle). Donc c’est aussi une façon de désamorcer la charge péjorative du mot. Comme pour les homos avec le mot pd ou les noirs avec le mot nègre.
Ça va également dépendre de qui j’ai en face de moi et de mon public, je vais par exemple me genrer au masculin pour éviter les débats sans fin ou des affrontements avec des personnes pas encore sensibilisées à ces questions. Je ne suis pas là pour ça et surtout pas payé pour ça. (rire).

Tu es assez transparent sur pas mal de sujets comme le genre et la sexualité sur tes réseaux : comment tu en es arrivé là malgré la pression et la virulence à l’égard de ces sujets aux Antilles ?

Je suis de ceux qui pensent que si je suis là aujourd’hui, c’est parce que d’autres avant on débroussailler les vieilles herbes pour qu’on puisse avancer sur ces questions d’homosexualité en Martinique comme l’homophobie par exemple. Je pense notamment à Jean Yves Zamor directeur de l’agence de model Your angel ou Macklemore et Ryan Lewis dans leurs chansons Same love de l’album the Heist . Ce sont ces exemples qui m’ont permis de débuter la construction de mon identité queer et de me dire : “ha ok, c’est possible, on existe ».

– OMG j’ai tellement écouté et pleuré sur ce son dans le bus en allant au lycée ! 😭😂

Aujourd’hui à Paris quand tu es en femme dans la rue : comment ça se passe ? Comment tu le vis ? Est ce que tu te sens en danger ?

Je ne suis pas en femme ça, ce sont les vestiges du sexisme de la misogynie et de l’homophobie. Quand j’ai une robe ou une jupe je considère que je suis toujours un homme cis genre, gay qui joue avec les codes, qui déconstruis le genre et qui fait ce qu’il veut de son corps. Consciemment et volontairement. La pression, les insultes l’homophobie en Martinique m’ont poussés à m’affirmer.

Je ne me mets pas pour autant volontairement en danger, j’ai conscience de la situation. Quand je sais que je peux attirer les regards, je prends mes précautions.
Alors qu’en me cachant, je légitime le fait que les gens pensent qu’on n’existe pas, le fais qu’ils nous mettent sous silence. Je pense que l’homophobie aux Antilles est nourrie par la méconnaissance des gays qui se cachent et la vue de ceux qui sont efféminés et rejetés. Alors que ce sont souvent ces femmes ou gay très efféminés qui sont pionniers dans toutes les luttes homosexuelles.

On va choper une personne homosexuelle et lui imputer toutes les erreurs de sa vie sur le fait qu’elle soit homosexuel NON, c’est parce qu’il est homosexuel dans une société homophobe.

Du coup, on a moins d’opportunités, moins de confiance en nous pour nous développer dans une sphère qui nous oppresse et facilite les erreurs.
Les hétéros ont droit à l’erreur, on trouvera toujours de quoi les justifier, pourquoi nous ont aurais pas droit a l’erreur ? Des personnes problématiques il y en a partout peut importe le genre la sexualité ou la communauté.

Sur Twitter, tu as évoqué ton père, comment ça se passe avec lui ?

J’ai grandi avec mon père jusqu’à mes 12 ans après à cause de sa séparation avec ma mère, j’ai été vivre avec elle. Mais on a gardé contact sans pour autant développer une grande relation père fils à cause de nos passions différentes de plus je pense qu’il avait compris que j’étais gay et j’avais compris qu’il avait compris (rire). Il passait plus facilement du temps avec mon petit frère par exemple à jardiner, mais moi, c’est une activité que j’apprécie que maintenant, avant je faisais mon petit gay comme à la tv du coup je n’aimais pas le jardinage. Il a voulu m’offrir des bottes, je me disais : “mais qui va mettre ça dans ses pieds ce n’est pas fashion !”.

En arrivant à Paris, je me suis affirmé ce qui ne lui convenait pas du coup chaque année à la même période, j’ai droit à un appel sur le sujet. Le discours a évolué avant c’était … Je ne suis pas d’accord que tu sois gay aujourd’hui, c’est ok, j’accepte, mais tu dois te faire discret : Parce que les gens me voient en robe en jupe et danser ça lui fait mal soit disant parce que ça me met en danger selon lui. Je pense que c’est juste une façon de justifier ses craintes et sa honte devant ses amis qui le voient avec un fils gay. En gros, c’est mieux si je suis “amba fey”.

Paradoxalement, je sais que sans la pression de son entourage qui passe leur temps à lui montrer mes photos de réseaux sociaux ou parler de moi, ça lui est égal que je sois gay. Du coup, il m’appelait pour me réprimander, mais ça ne peut plus marcher, j’ai gagné en indépendance et refuse de m’invisibiliser. Il me parle encore de petit-enfant, je vois la ses craintes de ne pas être grand père mais déjà que je trouve que je suis encore jeune pour ça je pense qu’il y a la quelque chose à déconstruire, c’est ce besoin des parents de se projeter et de se réaliser à travers leurs enfants.

Nous ne sommes pas vous, nous sommes des êtres humains à part entière.

Est ce que tu envisages de retourner en Martinique

Oui avec le même package ! Surement modéré au début parce que je sais que les gens ne sont pas prêts, j’y étais d’ailleurs récemment avec mes meilleurs out fit et mes sacs à main et littéralement tout le monde se retournait sur mon passage. J’ai eu droit à une seul interaction, une mère et sa fille qui m’interpellent pour me demander si je suis belle et bien gay. Non mais a quel moment tu tapes la discute avec ta gamine sur la sexualité d’un inconnu dans la rue ? L’audace des gens est justifiée par le fait qu’ils n’ont pas l’habitude et donc se permettent des choses déplacer ,c’est un comportement humain d’être curieux, mais en Martinique, c’est un autre niveau, ils sont trop ‘Maco’ Et sans filtre. Je peux comprendre que c’est nouveau pour eux de voir un homme avec un sac a main un pum pum short et sa meilleure démarche parce que les codes sont encore très genrés. Sur Paris on a une liberté vestimentaire plus large, aux Antilles des que tu sors de la norme de jean polo Lacoste et dickise large pour les garçons c’est bon ou sé on macoumé.

Est ce que tu as cherché à comprendre pourquoi ils pensent comme cela ?

Mon père, je ne lui en veux même pas, jai conscience qu’il est dans un environnement conditioner pour être homophobe. Les arguments qu’on m’amène sont ceux de la bible et des religions qui pour moi ne sont pas valables et complètement stupides. J’ai fait mon travail d’éducation sur le sujet. Et l’un des problèmes de ceux qui justifient leur homophobie par la bible, c’est qu’ils se contredisent souvent. Un jour Dieu aime tous ses enfants un autre, il n’aime pas les homosexuels et un autre, c’est l’homosexualité qui est réprimandée, mais il aime quand même ses enfants.

C’est même pas notre culture ça a été amener par les blancs pour pouvoir dire aux noirs au départ ça :” c’est votre livre sacré et vous devez le suivre et nous obéir”. Donc comment tu peux aujourd’hui venir me parler d’un livre qui a justifié la mise en esclavage de tes ancêtres en me disant, regarde ce texte, ce n’est pas bien ce que tu fais. Non, c’est toi qui suis un livre qui a été ramené par les colons.

Parce que dans les cultures africaines ancestrales, l’homosexualité existait donc quand tu te justifies par la Bible, c’est que tu ne connais pas ton histoire. Moi je ne suis pas croyant, mais je respecte tout le monde, j’ai toujours dit en France l’homophobie est un délit le blasphème ne l’est pas, tu m’insultes, tu risques une peine et une amende, je blasphème je ne risque rien. Je respecte leur foi, mais respecte moi. Je ne cautionne pas les chrétiens intrusifs de la même façon que je ne vais pas voir les gens pour leur dire allons viens on va dans un bar gay.

Comment tu as découvert le voguing ? Qu’est-ce que cela t’a apporté ?

Je l’ai découvert grâce aux réseaux sociaux, j’ai tout de suite kiffé, c’était la première fois que je voyais une vraie communauté racisée queer qui vivait dans un espace safe et qui s’amusait vraiment qui se jouait des codes de la société avec leurs corps et je trouve ça incroyable. En intégrant la house of Laduré le vogue a propulsé mon engagement et mon identité, il a accéléré un processus et mon affirmation personnelle, car pour être un bon voguer il faut avoir confiance en soi et en son vogue. Quand je regarde mon personnage de Marijo, je me rends compte que c’est un hommage que je rends a ma mère que j’ai toujours admiré et qui m’a inspiré, une femme forte et indépendante.

 
 

Mariejo, c’est la continuité et l’exagération de ma mère qui s’appelle en fait Marie Johanna. J’ai vu que c’était dur pour elle d’affronter les regards portés sur moi donc sur elle, mais elle m’a toujours accompagné sans me le montrer, mais en essayant de me protéger et me soutenir.

Est ce que ta mère est fièr de Marie jo junior ?

Elle est super fière de moi, elle m’appelle pour me complimenter sur les tenues qu’on lui montre que je porte sur les réseaux sociaux, quand je rentre en Martinique, je ramène moins de sac, je suis obligé de les lui donner (rire) .

Pour conclure que peut-tu nous dire de ton activisme ?

Je suis hyper admiratif de ma mère, c’est une femme qui a toujours travaillée dur et fait des concessions pour qu’on n’ait pas à vivre ses difficultés, elle est ouvrière agricole, c’est la raison pour laquelle je suis autant touché par le sujet du chlordécone, ma mère y est directement confrontée 95 % des Martiniquais sont ou seront confrontés à ce problème qui est la partie émergée de l’iceberg des pesticides. Par mon activisme, je veux d’abord sensibiliser éduquer et faire un travail de mémoire parce que je ne suis pas sur le terrain pour les manifestations en Martinique.

Sachant qu’une fois que cette question très médiatisée aujourd’hui sera réglée, on va enfin pour parler de tous les autres problèmes aux Antilles comme celui de l’eau du fait qu’on appartient encore à l’Etat français alors qu’on a des problématiques complètement différentes. On suit des décrets et des réformes qui ne font pas du tout écho aux politiques locales et ne sont pas adaptés aux questions locales. Pour moi, on est encore en colonie. après l’esclavage ils ont offert la nationalité française à nos ancêtres qui ont sauté dessus parce qu’on leurs donnait une porte de sortie, devenir Français. Sauf qu’au final, on n’est pas considéré.